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Notre vision du partenariat 

MATM a pour principe « d’adopter » son partenaire et de l’accompagner tout au long de sa démarche de développement. MATM ne travaille pas sur un projet thématique. Nous n’abandonnons pas notre partenaire quand le projet est fini. Les projets s’inscrivent dans un plan de développement élaboré conjointement avec nos partenaires et vise l’autonomie de celui-ci. La recherche de bailleurs de fonds diversifiés et les réponses aux divers appels à projets suivent les lignes de développement tracées par et avec nos partenaires. Ce sont des moyens pour atteindre la vision du partenaire.

 

Défendre l’Amazonie, pour la Nature, pour les personnes - 5/06/2020

Nous souhaitons mettre en évidence le rôle des peuples indigènes dans la protection de la nature et la défense de l’Amazonie, tant en protégeant la biodiversité que les personnes. Dans cet article nous soulignerons ce que chacun d’entre nous peut faire, en tant que citoyen au niveau global, pour contribuer à surmonter les problématiques qui affectent l’Amazonie.

Article basé sur un entretien de Grégorio Mirabal, Président de la COICA

Que se passe-t-il en Amazonie? Quelle est la situation des défenseurs de la nature?

Actuellement les peuples amazoniens sont en deuil pour la perte physique de leurs confrères et la dégradation environnementale tellement forte et accentuée dans les territoires amazoniens. La COICA a fait une évaluation de la situation et on peut déjà dire que nous sommes à un moment de crise politique, sanitaire, économique et morale très forte, crise scientifique et culturelle également. Dernièrement, la COICA a demandé à l'ONU de déclarer une catastrophe sanitaire en Amazonie à cause du manque d’attention et la quantité élevée de personnes contaminées ou décédées.

Quel est l’impact de la pandémie sur les communautés? Pourquoi s’agit-il d’une catastrophe?

Nous n’échappons pas à ce qui se passe au niveau mondial concernant la pandémie et à cela s’ajoutent le racisme mondial et une certaine xénophobie qui se traduisent par un manque d’attention aux peuples indigènes face au virus. Nous sommes à un moment difficile de l’humanité et cela se ressent particulièrement fort en Amazonie parce que cette pandémie est aussi le résultat des incendies de l’année passée et pour lesquels les Etats ont encore une dette écologique et morale envers les peuples autochtones. En ce moment on parle d'écocide lié aux incendies forestiers et maintenant d’ethnocide lié à la pandémie. Une base de données a été réalisée par la COICA et REPAM pour tenter de combler le manque de chiffres et de statistiques des gouvernements et ministères de la Santé, dont aucun pays amazonien ne dispose, en tant que peuples indigènes nous n’apparaissons pas dans les données officielles, ni dans les registres officiels de Santé et d’Education

A plus de 95 jours (en date du 5 juin) de la déclaration d’urgence de COICA, et depuis le 2 avril, il n’y avait encore aucune contamination, aucun décès, et au 5 juin, on dépasse les 6000 infectés et les 600 morts indigènes amazoniens dans les 9 pays. Chaque jour, environ 15 indigènes d’Amazonie sont infectés et 3 meurent, donc sur une population si petite telle que la population indigène amazonienne, c’est-à-dire 3 millions de personnes, cela pourrait être un ethnocide par omission, par négligence, en raison de la crise structurelle du système sanitaire des pays du bassin amazonien. Cette crise vient s’ajouter à une crise qui pèse déjà depuis longtemps.

Quel type de menace pour l’Amazonie en ce qui concerne la déforestation et la dégradation des écosystèmes qui affectent les peuples indigènes depuis longtemps ? 

Selon les chiffres officiels, les peuples indigènes amazoniens sont environ 3 millions, 420 peuples indigènes en Amazonie dans une zone de forêts de 7 millions de km2. Malgré la pandémie, l’extraction minière illégale ne s’est pas arrêtée, ni d’ailleurs la pollution des rivières par le mercure. Cela augmente la malaria et du coup, les indigènes meurent aussi maintenant de malaria et de dengue, mais on manque cruellement de médicaments et d’attention médicale. Les peuples indigènes en isolement volontaire qui se meuvent à la triple frontière entre le Brésil, Colombie, Equateur, au Pérou aussi, là où vivent la majorité des peuples en isolement volontaire, sont en grave risque de disparition physique, parce qu’ils n’ont pas de frontière, ils bougent et il s’avère qu’il y a plus de 30.000 mineurs illégaux à cette triple frontière, qui polluent et contaminent. En plus, cette triple frontière est complètement délaissée des services sanitaires, il n’y a pas d’attention médicale ni d’accompagnement, aucune présence des gouvernements pour contrôler la frontière. De plus, il y a énormément de cas de rougeole. Il n’y a pas d’hôpitaux en suffisance à la frontière de Leticia et pourtant cette zone est un épicentre de la pandémie pour les peuples indigènes du côté de Tabatinga (Brésil) ni du côté équatorien ou péruvien de la frontière. Il n’y a que peu d’hôpitaux, très petits, pour beaucoup de personnes, et pour les communautés la priorité d’attention médicale n’existe pas, il n’y a pas d’équipe de prévention, ni de protection contre le virus. A cela s’ajoute encore le risque de crise alimentaire, pas seulement dans les villes, mais aussi à l’intérieur de l’Amazonie. 

Les bucherons illégaux aussi agissent en toute impunité, sans aucun contrôle. Donc à côté de cette pandémie, l’extraction minière illégale, l’extractivisme, la déforestation et l’absence de consultation préalable continuent. 

Les organisations indigènes amazoniennes nationales telles que la COIAB du Brésil, l’OPIAC de Colombie, AIDESEP du Pérou et la CONFENAIE d’Equateur, soit les pays les plus affectés par la pandémie, se sont réunies et ont évalué les actions légales. L’OPIAC a déjà poursuivi l’Etat pour omission, faute d’attention aux communautés et manque d’équipement de prévention lors de cette pandémie.  

En Equateur, il y a eu des procès contre les compagnies pétrolières et les industries extractives et pour le manque d’attention à nos frères indigènes, mais en plus en Equateur, entre 5 et 9 des dirigeants de la CONAIE et CONFENIAE sont en procès pour avoir entrepris des actions judiciaires et manifester contre l’extractivisme 

Donc d’un côté, nous défendons le territoire et l’environnement, en protégeant la vie, pour qu’il y ait de l’oxygène, qu’il y ait des territoires, des forêts et d’un autre côté les gouvernements réalisent des actions judiciaires pour envoyer les défenseurs de la nature en prison. Et pas seulement ça, en Colombie le taux d’homicides des défenseurs des forêts et des droits humains a augmenté durant cette pandémie. La situation est très compliquée et la COICA fait appel aux organisations internationales parce qu’il s’agit réellement d’une catastrophe sanitaire et celle-ci est aussi liée aux autres dimensions de la crise. 

De l’importance de protéger les droits territoriaux indigènes en Amazonie. 

Actuellement divers événements artistiques se réalisent en soutien à l’Amazonie, des artistes comme Sting nous ont soutenus, aussi des acteurs de ciné. En fait c’est le seul soutien que nous avons reçu, car ni les gouvernements ni les organisations internationales, ni les banques ou les organisations du Système des Nations Unies ne font quelque chose pour rendre la crise que les peuples indigènes amazoniens vivent visibles. Donc, beaucoup d’artistes dont certains très connus et qui ne connaissent pas l’Amazonie nous ont soutenus afin de visibiliser la situation, parce que les gros médias ne parlent pas de nous durant cette crise, ils sont uniquement centrés dans les grandes villes où il y a plus de population. Pour sa part, la COICA a fait un appel d’urgence à l’Organisation Panaméricaine de la Santé et nous avons reçu une réponse. Maintenant la validation des protocoles sanitaires des peuples indigènes est en cours car jusqu’à présent ils ne sont reconnus par aucun gouvernement. Cela ne permet pas que les organisations indigènes aident conjointement les gouvernements à arriver jusqu’aux communautés, car elles sont difficiles d’accès et en y allant les instances publiques exposent les peuples indigènes au risque de contamination. 

Aussi, le travail de monitorat dans les territoires est important pour légaliser et maintenir légalisés les droits territoriaux actifs et pouvoir développer la protection de la forêt amazonienne.  

Quel est le travail des responsables du monitorat et quelles sont les luttes qu’ils affrontent pour pouvoir faire leur travail et développer cette protection ?

Le travail qui se réalise du côté des organisations indigènes par rapport à la CIDH et le Rapporteur des Nations Unies est fondamental et ces instances ont maintenant dit que les peuples amazoniens sont en risque de disparition physique et que tous leurs droits sont violés tant au niveau de l’éducation, de la santé, la consultation préalable, le droit à un environnement sain, et ils le disent à cause de la quantité des dénonciations qui viennent des organisations de peuples indigènes des 9 pays.

Les paroles du nouveau rapporteur des peuples indigènes de l’ONU dit que les peuples indigènes amazoniens sont à la porte de l’ethnocide, donc ce qui se passe en Amazonie, c’est réellement grave et la COICA va entreprendre de nouvelles actions légales pour que le droit à la vie des peuples indigènes, leur droit à la santé, à l’éducation, à un environnement sain et non pollué par l’extractivisme, l’exploitation minière soit respecté. Donc c’est important que la COICA, qui a 9 espaces de représentation dans chacun des pays et représente plus de 2500 communautés en Amazonie, soit entendue. La COICA est en fait un porte-parole qui transmet l’expression des peuples indigènes à travers la CONFENIAE, la CONAIE, AIDESEP, OPIAC, COIAB et qui s’organise en un réseau international de porte-parole indigène et s’adressent notamment aux citoyens et au Pape Francisco avec une demande d’urgence afin de faire pression sur l’humanité entière, mais aussi sur les grandes entreprises qui polluent au nom du développement, un développement qui ne bénéficie pas du tout aux communautés. En réalité leurs communautés servent pour que d’autres vivent mieux dans un monde soit disant développée, mais au prix de la destruction environnementale des territoires et de porte atteinte à la vie des peuples indigènes.

Depuis la COICA un plan de nouvelles actions a été défini. Et qu’ont pu mettre les communautés en place de manière indépendante ?

Depuis que la pandémie a été déclarée au niveau mondial, la COICA a lancé un appel d’urgence le 31 mars et les gardes indigènes ont été activées dans les territoires. La structure des organisations a commencé un programme de prévention que n’avait pas le gouvernement, pour expliquer ce qu’est la pandémie et ce qu'elle signifie pour le risque à la vie des peuples indigènes. Les communautés ont été fermées face à l’absence des gouvernements et au manque d’attention, les protocoles indigènes ont été activés. Toutefois, cela n’a pas été suffisant parce que pour vaincre la pandémie, il doit y avoir un travail conjoint et coordonné avec les gouvernements et institutions de santé. Notre travail se déroule sur le plan interne, national et international. Nous avons fait appel à l’OMS, à la structure onusienne, aux structures de droits humains, nous avons eu beaucoup de réunions et une alerte mondiale et nationale a été lancée aux gouvernements, en demandant aux Etats qu’il y ait une attention spécifique aux peuples indigènes face à la pandémie.

La réponse des gouvernements, dans le cas du Pérou, fût un Décret d’Attention à la pandémie pour les communautés amazoniennes vulnérables, mais ce décret est resté lettre morte, et ne s’est pas transformé en action. En Colombie, le gouvernement a militarisé la frontière, ce n’est pas la solution, parce que ça ne résout rien et de fait, ça n’a rien résolu. En ce qui concerne l’Equateur et ces trois pays, des bons d’aide alimentaire ont été créés mais ils arrivent seulement aux grandes villes et pas aux communautés.

En fait l’assistance sanitaire arrive seulement aux grandes villes et l’urgence en Amazonie concerne le manque de médecin, le manque de prévention, le manque de matériel et d’attention aux communautés et c’est pour ça que la COICA a fait une alliance avec de grandes organisations internationales et exige une aide humanitaire internationale. Nous l’avons demandé à l’OMS et à l’OPS, à l’ONU, parce que si c’est approuvé, ça pourrait nous sauver. La COICA lance aussi sa demande aux pays européens, surtout aux gouvernements qui soutiennent la cause des peuples indigènes, comme la Hollande, la Norvège et l’Allemagne, ces grands pays qui nous sont favorables, nous leur demandons une aide internationale sans couleur politique, qui nous aide uniquement avec des médecins, des médicaments, du matériel de prévention, de détection, avec de l’oxygène, car ce matériel est très coûteux, très cher et n’arrive pas jusqu’aux communautés. Donc si une aide humanitaire internationale arrivait aux peuples indigènes sans conditions d’appartenance au parti politique du gouvernement, simplement tenter de sauver toutes les vies possibles, ça nous aiderait. C’est notre objectif.

L’aide humanitaire internationale serait d’abord dirigée à l’urgence sanitaire qu’on vit actuellement. D’autres actions ont aussi été proposées pour après la pandémie, donc à plus long terme, afin d’améliorer la situation des communautés indigènes dans le bassin amazonien.

Quelles seraient les actions à envisager à court terme, et aussi à moyen terme pour répondre aux besoins des peuples indigènes amazoniens ?

A court terme, la COICA a sollicité à toutes les instances et aux gouvernements un plan d’articulation sanitaire d’urgence afin de vaincre cette pandémie. Si les Etats se sont effondrés sur le plan sanitaire, par manque de médecins, alors on demande une aide groupée. En tant que peuples indigènes, nous pouvons aussi aider nos propres communautés parce que nous en avons la capacité, afin d’arrêter cette contagion, c’est une proposition concrète à court terme. Nous attendons encore la réponse des gouvernements, nous avons reçu une réponse de l’OMS et OPS qui sont en train d’évaluer cette possibilité.

A moyen terme, nous prévoyons un soutien aux communautés indigènes avec davantage d’information de prévention, sur la manière de vaincre cette pandémie depuis notre point de vue culturel, surtout en soutenant les protocoles indigènes de prévention, la médecine traditionnelle indigène et aussi avoir un plan de souveraineté alimentaire parce que face à la déforestation, à l’extractivisme, face à l’exploitation minière illégale, les territoires indigènes sont en pleine destruction, alors qu’ils servaient à nos cultures, à notre alimentation, à notre souveraineté alimentaire. L'autonomie alimentaire a directement à voir avec le thème des droits, du droit à l'alimentation et que les lois approuvées par les Etats se respectent.

On tente aussi de faire des programmes, comme l’Ecole virtuelle, intitulée « Tambours de la forêt » qui a commencé le 5 juin avec une première minga de formation à 100 indigènes en communication communautaire, parce que l’information qui sort des communautés est capitale. Cette information, les medias et les canaux télévisés n’en disposent pas. Avec cet outil, nous pourrons mettre nos problèmes en évidence, c’est une information de première source, non déformée.

Après, nous avons aussi initié des alternatives économiques, en cherchant un soutien auprès des producteurs indigènes pour qu’ils puissent travailler sur le territoire et que la récolte serve à l’alimentation et la subsistance des familles, sans dégradation à l’environnement.

Il s’agit aussi de chercher des énergies alternatives à l’extraction pétrolière et minière en Amazonie, et là l’Europe peut nous aider beaucoup, elle a beaucoup d’expérience dans le domaine. Car si cela continue comme ça, l’Amazonie sera bientôt complètement détruite.

On aborde aussi le thème de la dette engendrée par les incendies de l’an dernier en Amazonie. En conséquence de ce désastre, il doit y avoir une grande reforestation de l’Amazonie. La COICA demande un soutien pour réaliser cette reforestation des territoires indigènes.

En réalité, nous avons reçu plus de réponses d’Europe et des Etats-Unis que de la part de nos propres gouvernements nationaux du bassin amazonien qui sont en pleine crise morale de corruption très importante et une crise politique de crédibilité en Amérique latine. Il y a beaucoup de protestations, tout comme l’an dernier en octobre en Equateur et au Chili et ailleurs encore. Il y a un grand mécontentement, une grande pauvreté et pas seulement pour les peuples indigènes, mais pour tous les habitants du bassin amazonien. Pauvreté dans le sens où les services publics, tels que la Santé, l’Education n’arrivent pas, alors qu’ils devraient être garantis par les Etats, mais ceux-ci les privatisent et cela affecte fort les peuples indigènes.

Ce sont des propositions que la COICA continue à travailler face à la pandémie et c’est notre espoir et nous continuons à résister. Nous avons déjà démontré notre résistance à travers les siècles et si nous sauvons les peuples indigènes, si nous les aidons, les protégeons, alors on sauverait aussi la forêt amazonienne.

La vigilance des territoires de manière virtuelle et à distance est maintenant un défi pour la protection des territoires. Des stratégies se développent actuellement sur le terrain, qui combinent les connaissances ancestrales et les technologies de pointe. Notons que la technologie et le soutien de beaucoup d’alliés du bassin amazonien a permis que les organisations indigènes se renforcent. Par exemple Hivos, Conservation International, WWF ont soutenu les communautés sur le thème de la communication et des technologies. On peut parler d’un système de monitorat environnemental satellitaire, de radio de communication communautaire et de stations radio, qui sont des choses différentes, ainsi que de connexion satellitaire pour pouvoir monitorer tout ce qui se passe en forêt. Cela a permis que COICA dispose de toute l’information qu’elle a aujourd’hui, c’est un outil valide pour la protection de l’Amazonie. Nous avons besoin de soutien pour renforcer cette initiative, en ce moment la majorité des organisations indigènes ont leur cartographie satellitaire, leur communication communautaire et ça leur permet d’avoir l’information à temps, informer sur le plan national et international mais tout cela doit se consolider. Pour l’instant c’est encore à l’essai, ça fonctionne depuis 5-6 ans mais ça doit encore s’améliorer. Durant cette pandémie on essaie ce système, on observe quelles sont les erreurs, les faiblesses pour qu’ensuite à moyen et long terme la feuille de route soit renforcée.

Que pouvons-nous faire pour collaborer sur le plan de la citoyenneté globale ?

Que pouvons-nous faire depuis nos pays européens, depuis différents types d’acteurs quelles actions peuvent être entreprises. Que peuvent faire les citoyens, les Etats solidaires à cette cause, les entreprises privées ?

COICA a créé un Fonds International pour l’Amazonie, il se trouve sur la page web de COICA et tout citoyen peut contribuer. Ces fonds ne sont pas administrés par la COICA mais par un système de co-gouvernance d’alliés internationaux et par souci de transparence il y a des protocoles établis pour l’approbation et le soutien direct aux communautés. Il s’agit d’une alliance de diverses organisations internationales. C’est une voie que tout citoyen peut choisir de soutenir en faveur de l’Amazonie, surtout en cette période de pandémie.

En outre, la COICA lance un appel à la conscience de l’humanité. Il faut faire pression à tout moment pour freiner la consommation de produits qui proviennent de la nature amazonienne, comme l’or ou le pétrole.  Beaucoup de gens portent des bijoux en or, diamant, émeraude, ce sont des articles de luxe pour les personnes qui ont de l’argent, pour briller, mais au prix de la destruction de l’Amazonie, de la déforestation, de couper les arbres. Tous les produits forestiers qui proviennent d’Amazonie ne devraient pas être achetés en Europe. Les gouvernements européens ne devraient pas soutenir les pays qui assassinent les dirigeants indigènes, ils ne devraient pas octroyer de crédit aux pays qui déforestent et contribuent ainsi à la destruction de l’Amazonie, il devrait y avoir un programme de soutien pour les peuples autochtones, directement destiné à la conservation de leurs territoires, parce qu’en ce moment, sur le plan mondial, l’Amazonie est vendue aux capitaux transnationaux pour l’extraction pétrolière et minière. Et puis les dettes… en fait tous les pays du bassin amazonien sont endettés avec du capital étranger chinois, nord-américain, russe, européen et si on regarde, la majeure partie de ces dettes sont en rapport avec le pétrole, les mines et la destruction de l’Amazonie, la déforestation. Il devrait y avoir un programme pour la conservation des forêts et de leurs populations, les peuples autochtones, avec la même force et quantité d’argent que celle investie par les gouvernements dans la destruction et l’exploitation de l’Amazonie.

Nous en appelons donc à l’humanité pour qu’elle arrête de consommer des produits qui détruisent notre Amazonie, qu’il y ait davantage de conscience et que l’endettement des gouvernements soit dénoncé s’il provient du pétrole, qu’il s’agisse de dettes avec des entreprises ou avec des pays développés. L’Amazonie est déjà vendue, si ce n’est grâce aux mouvements sociaux, à la minga de résistance, aux grèves ou protestations des peuples indigènes l’Amazonie n’existerait déjà plus, elle serait remplie de champs pétroliers et miniers.

Les gens suivent les nouvelles et sont interpellés par les réponses que le gouvernement du Brésil donne face à cette pandémie. Il y a des actions qui peuvent se faire depuis l’Europe pour exercer une pression sur ces gouvernements ?

Dans le cas du Brésil, qui est le pays le plus contaminé par la pandémie, cela constitue un risque pour l’Amazonie parce que le Brésil a une frontière avec quasi tous les pays amazoniens. Malheureusement le président du Brésil criminalise les peuples indigènes, il permet l’invasion des territoires indigènes, il permet la contamination, il veut étendre les territoires destinés à l’agroindustrie aux territoires indigènes de la forêt. Il vend l’Amazonie aux Chinois, aux capitaux étrangers, qu’ils viennent d’Asie, d’Europe ou des Etats Unis, pour l’exploitation des ressources. De plus il ne croit pas à la dévastation par le changement climatique, il ne crée pas de politiques environnementales, et ne respecte pas celles qui existent, il n’a pas non plus de ministre de la Santé, il l’a changé plusieurs fois, il en est déjà au troisième, ce genre de pays ne devrait du coup être soutenu par aucun gouvernement européen. Ils devraient faire un blocus aux politiques brésiliennes jusqu’à ce que le Brésil change ses politiques de destruction environnementale.

Dans le cas du Brésil, il y a une forte résistance de la part de la COIAB et de la PIB, mais il devrait y avoir un soutien international car ce qui va se passer au Brésil, comme on le voit déjà à Manaus ou Tabatinga et différentes villes amazoniennes est grave, et c’est là qu’entre la contamination et qu’elle passe les frontières de la grande forêt amazonienne. Les fleuves et les communautés frontalières sont déjà des voies de contamination au virus. Ça, c’est un gouvernement qui dévaste l’Amazonie mais en réalité les neuf pays le font aussi, qu’ils soient de droite ou de gauche, ils sont tous endettés à cause de l’exploitation des ressources naturelles.

Nous avons beaucoup de respect pour la résistance des communautés autochtones, pour leur courage, leurs leaders. Nous avons souligné ici les principales menaces que ces peuples vivent et les causes sous-jacentes de cette destruction, les différentes crises que nous vivons en Amazonie.

Parfois les problèmes paraissent si grands qu’on se sent sans aucune capacité de changement, mais en réalité chaque petite goutte est une contribution et est mieux que l’inaction. Par exemple, soutenir le fonds que la COICA a créé, mais aussi vis-à-vis des gouvernements locaux et nationaux, exiger qu’ils agissent et soient responsables dans leurs relations internationales, agir de manière consciente dans l’achat de produits et services qui entrent dans nos pays, pour au moins donner un signal aux acteurs qui représentent ces produits et services que nous ne sommes pas d’accord avec leurs actions et pratiques. D’autre part, en ce qui concerne les entreprises qui elles sont responsables dans leurs activités économiques, il nous paraît important de reconnaitre leurs efforts.

Ne continuons pas à participer à la destruction de l’Amazonie, soutenons la résistance des peuples indigènes amazoniens. Face à la pandémie, les peuples indigènes nous disent : « N’ayons pas peur, ne collaborons pas avec le silence, levons nos voix pour l’humanité, pour la vie, soyons rebelles face à la défense du territoire et de la vie. L’espoir, pour nous, ce sera toujours la résistance. La résistance face à cette pandémie, face aux injustices, à la criminalisation, aux assassinats. Face aux crimes contre la vie, la forêt, nous disons : Résistance !

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