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Education à la citoyenneté mondiale et solidaire

 

L’ECMS, vecteur d’un changement de système ? Ou outil d’endoctrinement ?

Par Tatiana Stellian, ancienne chargée d'Education citoyenne mondiale et solidaire à MATM

 

L’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire (ECMS) est un des domaines d’action mis en place par MATM et par d’autres associations.

Basée sur divers principes et valeurs dont la solidarité, l’égalité, le respect de l’environnement ou encore la participation, l’ECMS a pour but, comme le mentionne Acodev, de « contribuer à la construction de sociétés justes, durables, inclusives et solidaires en suscitant et renforçant l’action individuelle et collective de citoyen-ne-s conscient-e-s des enjeux mondiaux et qui s’en sentent co-responsables. ». Il s’agit donc de/d’ :

1)      Informer

2)      Renforcer les changements de valeurs, d’attitudes et de comportements par la conscientisation

3)      Renforcer la mise en action individuelle et collective

Si nous pensons souvent que l’ECMS est réservée aux enfants et aux jeunes, il faut rappeler qu’elle s’adresse à toutes et tous, peu importe l’âge.

Comment est-elle pratiquée ?

Afin d’être efficace, tout enseignant sait qu’il doit adopter diverses méthodologies d’apprentissage afin de s’adapter à la sensibilité de ses élèves et à leur faculté d’appréhender un message. Ceci vaut également dans le cas de l’ECMS. MATM et d’autres associations l’ont bien compris et le mettent en pratique.

Je passe ici en revue ces diverses méthodologies tout en relatant mon vécu personnel et les enseignements que j’ai pu en tirer. J’ai eu l’occasion de participer à ce trois formes d’ECMS que ce soit du côté de la sensibilisatrice ou de la sensibilisée.

Les animations en classe

Diverses animations interviennent dans le cadre scolaire afin de sensibiliser les élèves à différentes thématiques à travers une lecture systémique des enjeux mondiaux.

Ces interventions permettent d’aborder des thématiques dont les élèves n’ont pas toujours entendu parler ou très/ trop peu. L’animateur a pour rôle de susciter chez les animés un questionnement sur la thématique ainsi qu’un regard critique. Pour ce faire, il donne la possibilité à l’apprenant de participer de façon active à travers l’utilisation d’outils tels que le photo-langage, le débat mouvant ou encore les jeux de rôle.

Lors de ces animations, il est important de donner la possibilité aux animés d’exprimer leurs doutes, leurs inquiétudes et d’y répondre. L’animateur veillera de façon permanente à laisser les animés définir librement leur opinion. Un exercice en équilibre permanent.

Par ailleurs, n’oublions pas qu’il faut éviter d’avoir un regard alarmiste et susciter l’intérêt des animés et leur envie de poursuivre leur recherche sur le sujet par la suite. Pour cela, il est capital qu’après avoir découvert les faits liés à la thématique, les animés puissent prendre connaissance des alternatives existant.

En tant que sensibilisatrice, j’ai donné de nombreuses animations que cela soit en milieu scolaire ou non. J’ai pu constater au fur et à mesure de ces animations que la réception du message pouvait varier fortement. De fait, dans certains cas, les élèves étaient particulièrement réceptifs et participatifs. Ils adoptaient un regard critique, faisaient appel à leurs connaissances qui pouvaient déjà être assez poussées. Dans d’autres cas, la participation était très faible et ce malgré les tentatives de diversifier les outils. Qu’est-ce qui peut expliquer ces divergences ? Pour en avoir discuté avec les enseignants, un élément clé est la préparation préalable reçue par les élèves. Préparer les élèves à recevoir un message, ne pas laisser l’animateur arriver en classe comme un cheveu dans la soupe est un élément clé afin que le message puisse passer. En effet, prévoir un cours introductif sur le sujet permet aux élèves de développer une première réflexion, d’acquérir des connaissances préalables et de s’intéresser au sujet avant même que l’animateur ne vienne en classe.

Enfin, il peut parfois être déroutant de se retrouver devant une classe sans répondant marquant un clair désintérêt pour le sujet. Il faut alors pouvoir développer des techniques afin d’y remédier. Que cela soit de mettre à profit l’intérêt que pourrait marquer un élève à un moment pour rebondir ou chercher à focaliser l’animation sur un pendant de la thématique qui suscite leur intérêt, il s’agit là de techniques profitables pour gagner l’attention des élèves. Toutes ces techniques sont bénéfiques pour notre propos. Je soulignerai encore et surtout que l’animateur est un semeur de graines et doit garder cela en tête. La graine qu’il sème le jour où il donne l’animation finira par germer. Cela pour être le lendemain ou 10 ans après mais l’animation aura au moins eu l’intérêt de provoquer un questionnement intérieur.

Les rencontres de terrain

Partir dans une communauté du sud en tant que volontaire, que cela soit au sein d’un groupe ou seul.e, est une expérience inoubliable qui marque à jamais.

Ce genre d’expérience ne s’improvise évidemment pas. Elle requiert une préparation préalable afin de s’emparer des concepts d’interculturalité et de choc culturel, sur l’histoire de la coopération au développement mais aussi sur la vision systémique du monde et d’en apprendre davantage sur la situation socio-politique et l’histoire du pays dans lequel on se rend. Cette formation préalable est aussi l’occasion d’insister sur le fait que le volontaire ne se rend pas sur place pour aider mais dans une optique d’échange interculturelle et de meilleure compréhension du monde.

Lors du séjour sur place, la confrontation à la réalité, la vie dans une autre culture, dans un pays dont nous ne maîtrisons pas toujours la langue peut comporter des moments plus durs. Toutefois, l’expérience vécue marque inconditionnellement les participants.

De fait, j’ai eu l’occasion de participer à divers projets dans diverses parties du monde. Chacune d’elles s’est accompagnée d’une préparation préalable et ont été un processus évolutif qui m’ont permis non seulement d’acquérir davantage de connaissances sur une ou des thématiques mais aussi de changer mon regard non seulement grâce au processus mais aussi au vécu sur place. La rencontre de terrain fait jouer l’émotion, les relations interpersonnelles et la sensibilité non seulement au moment de la rencontre elle-même mais aussi durant le processus préalable. De fait, ce type de projets implique l’humain de manière particulièrement forte, ce qui a pour conséquence indéniable de faire jouer l’interpersonnel et donc de sensibiliser avec un regard humain. Lier un thème à de l’humain permet indéniablement de capter l’attention et la sensibilité de tous. Ce lien est fort et actuellement quand je pense à l’agroécologie, je pense à Patrice, René, Michel, Omer ou encore au Père Jah et je ne peux m’empêcher de repenser à mon expérience, de faire intervenir mon ressenti.

Dans le cas de certaines personnes qui m’accompagnaient, le vécu sur place ne fut pas simple. En effet, la confrontation quotidienne à des situations de vie complexes et à des inégalités profondes et injustes n’est nullement simple à gérer. Cela peut mener à divers comportements suivant la sensibilité de chacun, que cela soit l’envie de se retirer du groupe, le mutisme, la colère, etc. Dans de tels cas, il est important que le reste du groupe fasse preuve d’ouverture, de compréhension et suscite le dialogue. Si le vécu sur place peut être difficile, cela n’empêche nullement une réflexion et un changement de comportements dans le futur. De fait, les diverses personnes ayant participé aux projets avec moi se sont toutes engagées à leur rythme dans une réflexion sur leur consommation mais aussi leur vie plus globalement et ce qui s’avérait vraiment important pour eux. Cette réflexion peut apparaître durant le voyage, quelques mois après le retour ou même plusieurs années après.

Les actions de terrain

Etre dans l’action comporte quelque chose de grisant. Ceci est renforcé par le fait de se sentir appartenir à un groupe. Cela comporte donc logiquement un attrait. Toutefois, il ne s’agit pas de mener une action pour l’action mais bien pour le sens de l’action. L’action doit pour cela se coupler d’une sensibilisation, de l’acquisition de connaissances sur le sujet, d’un questionnement critique. A ce titre et uniquement à ce titre, l’action de terrain peut se revendiquer comme partie de l’ECMS.

Que l’action précède la sensibilisation ou que cela se fasse dans l’autre sens peut poser questions à certain.e.s. Toutefois, à mon sens, l’essentiel est que la sensibilisation se fasse. Et si la mise en action peut y mener, ce n’est que bénéfique.

Récemment, j’ai eu l’occasion de prendre part à un groupe de réflexion et d’action avec des jeunes venus de divers pays (Allemagne, Belgique, Espagne, Honduras, Nicaragua et Salvador) sur le changement climatique. Au cours de ces deux semaines, nous avons organisé une action de terrain afin de sensibiliser les locaux. Cette action n’était qu’une des activités proposées durant notre séjour qui comportait également des conférences, des moments de discussion ou encore des visites de terrains. Si la participation à une action commune a clairement été un moment grisant notamment de par le succès remporté, cela a aussi été le moment de mettre en place, pour la première fois pour certain.e.s, une action et d’affiner leur argumentaire sur le sujet. Cela a aussi renforcé leur motivation à agir, ce qui ne peut être que bénéfique.

L’ECMS et le gouvernement

Si nous souhaitons parvenir aux Objectifs du Développement Durable (ODD) défini par l’ONU et pour lesquels la Belgique a marqué son engagement, il est indéniable que la sensibilisation et donc l’ECMS est une clé du changement. Toutefois, le gouvernement Michel ne semble pas en avoir compris l’importance ou l’a bien comprise et cherche à entraver l’impact de l’ECMS. De fait, en diminuant de 40% le budget 2019-2024 pour Annoncer la Couleur/ Kleur Bekennen, acteur incontournable de l’ECMS, le gouvernement a clairement démontré que le travail de sensibilisation sur les grands enjeux mondiaux n’étaient nullement sa priorité. A une époque décisive notamment en termes de changement climatique, nous ne pouvons que nous étonner du peu de jugement dont fait preuve cette décision. Gageons que la mobilisation citoyenne permette de faire entendre l’importance de l’ECMS et d’ainsi voir un renforcement dans les investissements en sa faveur.