Cédric de Guerlin, à la Upocam de novembre 2006 à juillet 2007
Il y a de cela un an, je travaillais encore pour la cellule informatique des FUCaM. Mon travail consistait à l'intégration des TIC's dans l'établissement ainsi qu'au développement et à la maintenance des différents portails Intranet et Internet de l'université. Désirant m'impliquer dans un projet long terme en Amérique Latine, j'ai beaucoup réfléchi avant de prendre la décision. Malgré le fait de perdre un excellent travail, je voyais surtout le côté enrichissant que ce genre d'expérience pouvait apporter. J'ai donc commencé à chercher un projet, à en élaborer un avant de rencontrer Liliana Chiocci et la MATM à qui je dois, en partie, ma présence en Équateur.
Arrivé le 10 novembre à Quito, cela fait bientôt trois mois que je suis en Amérique Latine. Les deux premiers mois se sont principalement déroulés à Quito, au sein de la FMLGT (4) dont la UPOCAM fait partie. Ne connaissant que très peu l'espagnol, il a fallu apprendre. Ce fut l'occasion de m'intéresser au pays, à son histoire, sa culture et sa politique mais aussi de découvrir les différentes extensions de la FMLGT, levant ainsi le voile sur pas mal de questions restées en suspens.
Depuis janvier, je travaille à Jipijapa, au sein de la UPOCAM. C'est une organisation relativement importante au niveau provincial, fortement impliquée au niveau social et politique dans les différents cantons de Jipijapa. La UPOCAM est née du besoin d'aider et soutenir les différentes communautés paysannes de la province de Manabí. Il faut savoir que cette province, l'une des plus peuplées, est aussi l'une des plus pauvres de la côte équatorienne. L'analphabétisme y est supérieur, atteignant 12,54% chez les 15 ans et plus, et le taux de scolarité y est le plus bas tout cycle confondu. A titre d'exemple, dans le canton de Jipijapa où se trouve la UPOCAM, l'analphabétisme gagne 84,18% des 15 ans et plus. Autres chiffres significatifs: 34,09% de la population vit dans un logement insalubre et 63,18% des habitations n'ont pas accès aux services de base.
Sur plusieurs niveaux, les communautés paysannes (les agriculteurs) sont les plus touchées par cette situation et sont mises à l'écart par les autorités publiques. Hier encore majoritaires, elles sont aujourd'hui victimes d'une migration majeure vers les villes et les provinces voisines. Ce phénomène entraîne une disparition de certaines communautés, de plusieurs traditions, de méthodes agraires, ... La disparition d'une identité et de sa culture. Pour empêcher cela, l'une des solutions est de se regrouper en organisations et tenter de faire entendre sa voix.
La UPOCAM œuvre ainsi depuis 26 ans à la protection et au soutien des communautés paysannes de la province de Manabí. Elle organise ses activités autour de quatre domaines que sont l'éducation, la production, la santé et la communication. L'explication de chaque domaine serait bien trop vaste à développer ici, ils feront l'objet d'articles indépendants. En voici toutefois un aperçu:
- Education: participation au programme d'alphabétisation « Yo, Sí Puedo », enseignement secondaire,
- Production: programme de conservation de la biodiversité, aide à la commercialisation du café Manabí (Projet Café Manabí),
- Santé: organisation de campagnes préventives, un centre médical ainsi qu'une pharmacie communautaire,
- Communication: la radio communautaire RadioAlfaro, un réseau de reporter et un centre multimédias de six nouveaux ordinateurs reliés 24/24h. à Internet.
Un autre front de la UPOCAM est son implication politique. L'Équateur, suite à l'élection du candidat de gauche, Rafael Correa, est en train de vivre une révolution comparable à celles qui ont en ce moment lieu au Venezuela et en Bolivie. Une nouvelle constitution plus équitable, qui tiendrait compte des inégalités sociales et renverserait donc les pouvoirs en place devrait voir le jour et rendre la nation au peuple.
Mon travail dans ce vaste tableau se situe au niveau de la communication. Dès les premiers jours, se sont suivies les réunions afin de me familiariser avec l'organisation et définir un plan de travail. J'ai ainsi pu rapidement intégrer l'équipe « communication » composée d'une dizaine de personnes. Le travail comporte différentes formes. Ma tâche principale est la réalisation d'un site Internet permettant une représentation de l'organisation sur le Net (et donc dans le monde) ainsi que la formation du personnel de la UPOCAM à l'utilisation de l'outil informatique.
En second plan, je participe à la programmation de la Radio Alfaro. On est par exemple en train de planifier une suite d'émissions éducatives sur le thème du réchauffement climatique. Sujet dont on commence à se préoccuper ici, notamment depuis que l'on s'est aperçu que les glaces du volcan Cotopaxi diminuaient de manière anormale.
Enfin, j'essaie dans la mesure du possible (le calendrier est chargé pour le moment) de prendre part aux différents « talleres » organisés. Cela me permet d'aller à la rencontre des communautés, de me tenir au courant des problématiques et tout simplement d'en apprendre toujours plus sur la culture, l'histoire et les coutumes de l'Équateur.
S'il y a une chose qui prédomine plus que tout, c'est certainement l'accueil et l'amabilité que vous réservent les gens. Les Équatoriens aiment leur pays et plus que tout aiment le partager. C'est une expérience fort enrichissante sur le plan humain.